Cénarius
**suite**
Les loups géants nous guidèrent. La
forêt était devenue sombre, comme malfaisante. Plus nous nous
enfoncions, plus les arbres devenaient noirs, plus aucun oiseau ne
chantait, et nous ne voyions presque plus nos pieds tellement il
faisait sombre.
Les loups nous amenèrent à d'autres
plus grands encore. Je compris que ceux qui nous avaient accompagnés
étaient des enfants. Les grands loups étaient couchés sur le
flanc. Je vis, malgré tout, leurs corps maculés de sang . Ils
avaient du mal à respirer.
Je m'approchais d'eux sans crainte. Je
me mis à genoux près d'eux et touchai leurs cicatrices ouvertes. Je
sentis de la chaleur me parcourir le corps et arriver jusque dans ma
main. Une légère lueur blanche en sortit. Petit à petit je compris
que cette lumière permettait de soigner. Je passai ma main sur les
loups et les guérissai ainsi. J'avais l'impression que ce pouvoir
venait de l'enfant qui grandissait dans mon ventre.
Après tout il était l'enfant d'un
demi-dieu.
Une fois les loups remis sur pieds, ils
nous accompagnèrent dans notre voyage. Nous quittions cette forêt
sombre et sinistre pour la forêt que je connaissais.
Toutes les nuits où nous dormions, je
pleurais mon amour. Je repensais à cet ours qui m'avait dit que je
n'étais rien pour lui. C'était un être éternel. Il s'était juste
assuré de sa descendance. Et avec combien d'autres il s'en était
assuré! Je ne souhaitais qu'une chose : qu'il me tue quand il aurait
repris son enfant. Je ne voulais plus souffrir ainsi. Je ne voulais
pas finir comme ma mère avec une plaie béante dans le coeur.
Nous marchâmes des jours à travers
cette forêt. Je suppose que les animaux essayaient en vain de
retrouver leur seigneur. Nous dûmes nous arrêter tôt un jour. Mon
ventre se contractait. Je sentais que mon enfant allait naître.
Je le mis au monde au plus profond de
la nuit. Là où le ciel était le plus noir. Cette nuit-là, la lune
était absente. C'est à la lueur des étoiles que je vis son visage.
C'était le père de mon enfant sous la forme d'elfe de la nuit. Sa
peau était plus claire mais ses cheveux étaient tout aussi noirs.
Je pris mon enfant dans mes bras. Malgré cette pénombre je vis ses
yeux. Ils avaient la couleur des cheveux de ma mère, la couleur du
miel. Des yeux d'ambre.
C'était peut-être la dernière fois
que je le voyais. Une vague de chagrin m'envahit au plus haut point.
Mon coeur venait de se briser. Je me mis à hurler, à prier le vent,
les feuilles des arbres, les fleurs. Je sentis une tempête se lever
tout autour de moi. Je déposai mon enfant dans un lit de feuilles
mortes d'un chêne.
Je me mis à hurler encore plus de
chagrin. La douleur ne s'arrêtait pas. Mes larmes coulaient. Tout
autour de moi se mit à prendre vie. Des arbres se mirent à pousser,
des fleurs à les recouvrir. Le vent qui commençait à faire rage
secoua ces arbres. Les feuilles qui avaient récemment poussé
dessus, tombèrent et recouvrirent mon corps, pour former un habit
sylvestre.
A travers cette tempête, je le vis. Je
vis mon amour. Il prit mon fils dans ses bras. Je ne pus bouger,
comme prise dans des lianes. Je crus mourir ce jour-là.
Je ne sais combien de minutes, d'heures
ou de jours, je restai immobile. Mais je savais que je devais les
rattraper. Je devais être rapide et discrète. Quand je pus bouger,
je me mis à courir. Ce n'est qu'en arrivant à une rivière que je
me vis dedans. J'étais devenu un loup géant. J'en avais emprunté
le corps d'un ou j'étais réellement devenue un loup, je ne sais
pas.
En tout cas l'odeur, son odeur, je la
distinguai parmi des milliers d'autres.
Faith

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