dimanche 7 mai 2017

Cénarius #3



Cénarius 


**suite**

Les loups géants nous guidèrent. La forêt était devenue sombre, comme malfaisante. Plus nous nous enfoncions, plus les arbres devenaient noirs, plus aucun oiseau ne chantait, et nous ne voyions presque plus nos pieds tellement il faisait sombre.
Les loups nous amenèrent à d'autres plus grands encore. Je compris que ceux qui nous avaient accompagnés étaient des enfants. Les grands loups étaient couchés sur le flanc. Je vis, malgré tout, leurs corps maculés de sang . Ils avaient du mal à respirer.
Je m'approchais d'eux sans crainte. Je me mis à genoux près d'eux et touchai leurs cicatrices ouvertes. Je sentis de la chaleur me parcourir le corps et arriver jusque dans ma main. Une légère lueur blanche en sortit. Petit à petit je compris que cette lumière permettait de soigner. Je passai ma main sur les loups et les guérissai ainsi. J'avais l'impression que ce pouvoir venait de l'enfant qui grandissait dans mon ventre.
Après tout il était l'enfant d'un demi-dieu.

Une fois les loups remis sur pieds, ils nous accompagnèrent dans notre voyage. Nous quittions cette forêt sombre et sinistre pour la forêt que je connaissais.
Toutes les nuits où nous dormions, je pleurais mon amour. Je repensais à cet ours qui m'avait dit que je n'étais rien pour lui. C'était un être éternel. Il s'était juste assuré de sa descendance. Et avec combien d'autres il s'en était assuré! Je ne souhaitais qu'une chose : qu'il me tue quand il aurait repris son enfant. Je ne voulais plus souffrir ainsi. Je ne voulais pas finir comme ma mère avec une plaie béante dans le coeur.

Nous marchâmes des jours à travers cette forêt. Je suppose que les animaux essayaient en vain de retrouver leur seigneur. Nous dûmes nous arrêter tôt un jour. Mon ventre se contractait. Je sentais que mon enfant allait naître.
Je le mis au monde au plus profond de la nuit. Là où le ciel était le plus noir. Cette nuit-là, la lune était absente. C'est à la lueur des étoiles que je vis son visage. C'était le père de mon enfant sous la forme d'elfe de la nuit. Sa peau était plus claire mais ses cheveux étaient tout aussi noirs. Je pris mon enfant dans mes bras. Malgré cette pénombre je vis ses yeux. Ils avaient la couleur des cheveux de ma mère, la couleur du miel. Des yeux d'ambre.
C'était peut-être la dernière fois que je le voyais. Une vague de chagrin m'envahit au plus haut point. Mon coeur venait de se briser. Je me mis à hurler, à prier le vent, les feuilles des arbres, les fleurs. Je sentis une tempête se lever tout autour de moi. Je déposai mon enfant dans un lit de feuilles mortes d'un chêne.

Je me mis à hurler encore plus de chagrin. La douleur ne s'arrêtait pas. Mes larmes coulaient. Tout autour de moi se mit à prendre vie. Des arbres se mirent à pousser, des fleurs à les recouvrir. Le vent qui commençait à faire rage secoua ces arbres. Les feuilles qui avaient récemment poussé dessus, tombèrent et recouvrirent mon corps, pour former un habit sylvestre.

A travers cette tempête, je le vis. Je vis mon amour. Il prit mon fils dans ses bras. Je ne pus bouger, comme prise dans des lianes. Je crus mourir ce jour-là.
Je ne sais combien de minutes, d'heures ou de jours, je restai immobile. Mais je savais que je devais les rattraper. Je devais être rapide et discrète. Quand je pus bouger, je me mis à courir. Ce n'est qu'en arrivant à une rivière que je me vis dedans. J'étais devenu un loup géant. J'en avais emprunté le corps d'un ou j'étais réellement devenue un loup, je ne sais pas.

En tout cas l'odeur, son odeur, je la distinguai parmi des milliers d'autres.

Faith

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