Le monde du dragon
*** suite ***Elle l'avait accompagné très souvent lorsqu'il chassait, elle était restée discrète. Dès fois il avait l'impression qu'elle disparaissait, qu'elle ne faisait plus qu'un avec son environnement. Il avait peur parfois qu'elle se perde. Mais il l'avait toujours retrouvée à l'endroit où il l'avait laissée. Il n'avait jamais eu le temps de l'observer, de savoir comment elle réalisait cette prouesse.
Pendant quelques années ils continuèrent leur vie ainsi. Elle lui parlait souvent de ses rêves, assez étranges pour la plupart.
Un jour, elle lui reparla de la créature bleue. Elle se souvenait d'un mot que lui-même n'avait pas entendu depuis longtemps. Un mot complexe en vieux dragonique pour désigner un dragon de glace. Seuls les dragons savaient prononcer ce mot correctement. Même lui qui connaissait beaucoup de choses en ce monde mais n'était jamais arrivé parfaitement à parler la langue des dragons.
Elle se rappela de la pierre et de la feuille qu'elle lui avait montré jadis. Il se souvint qu'elle les avait laissé entre la clairière et la tanière où ils vivaient. Elle se leva, sans prévenir et sortit. Interloqué, le loup la suivit.
Comme guidée par une force invisible elle retrouva son chemin dans l'immense forêt, et retrouva sa vieille besace.
Elle sortit la feuille et la pierre. Aucune n'avait été dégradée par le temps. Elle s'en étonna et demanda au loup pourquoi la feuille ne s'était pas désagrégée.
Le loup s'assit près d'elle. Et pour la première fois il lui parla.
Sa voix était grave, comme elle se l'était imaginée.
Il lui raconta qu'au cœur de la forêt se trouvait l'arbre de toute vie. Cet arbre était éternel, ses feuilles restaient, depuis toujours, vertes, elles ne tombaient jamais. On racontait qu'une de ses racines était plongée dans la rivière qui passait à côté de lui. Tout être qui buvait l'eau de cette rivière devenait éternel, mais pouvait nous rendre fou, car nous étions condamnés à traverser les âges seul.
Selon la légende, des créatures ailées dotées de grands pouvoirs magiques avaient trouvé le centre de la forêt et avaient bu cette eau. Ils ne s'étaient pas contentés de boire une lampée, mais avaient pratiquement asséché la rivière.
Ces créatures furent maudites à tout jamais. Elles furent traquées, chassées, elles se dévorèrent entre elles, elles ne faisaient que peu de petits souvent mal formés, qui mourraient en sortant de l’œuf.
Elle comprit qu'il parlait de ces fameux dragons. Elle lui demanda s'il y en avait qui avaient réalisé qu'ils avaient été maudits et avaient essayé de se faire pardonner.
Effectivement, le loup se souvint que les dragons s'étaient divisées en plusieurs catégories, et les couleurs de leur écailles avaient changé. Les dragons noirs et rouges restaient les plus dangereux, ils n'étaient presque plus maintenant. Ils s'étaient voués une guerre pendant des centaines d'années avant d'être trop peu pour continuer cette tuerie absurde. D'après les légendes, ils s'étaient mis à hiberner. Mais personne ne savait si c'était eux qui s'était mis en sommeil prolongé où si ça avait été une force plus puissante.
Il existait également des dragons dorés, argentés, bleus comme un ciel d'été et verts comme l'herbe du printemps.
Les dragons dorés et argentés avaient été chassés par la race des humains et des nains pour leurs écailles. Mais cela faisait des siècles que plus personne ne les chassait. Personne ne savait s'ils avaient tous décimés ou s'ils avaient trouvé un endroit où se cachait pour l'éternité.
Seuls certains dragons verts et bleus étaient allés demander pardon à l'arbre monde. Ils n'avaient reçu aucune réponse, mais quelques centaines d'années après avoir hiberner, certains s'étaient réveillés sous forme humanoïde. Ils pouvaient toujours se transformer en dragon mais ils pouvaient prendre la forme d'un être humain en gardant leur couleur de peau. Mais le loup précisa que seuls une poignée avaient été dotés de ce pouvoir. Les autres étaient morts dans leur sommeil.
La jeune femme eut un air interloqué. Le loup venait de lui révéler quelque chose d'important qu'il avait toujours gardé pour lui.
Elle se retourna vers le loup et lui demanda si la créature bleue qui l'avait élevée jusqu'à ce qu'elle le rencontre était un dragon bleu.
Le loup ne lui répondit pas.
Son silence fut pris comme une affirmation.
Elle pris sa vieille besace, retira les mottes de terre, s'étira et partit en direction opposée à la tanière. Elle retourna vers la clairière.
Le loup la suivit et tenta de la ramener, de la persuader de rentrer, de ne pas aller vers cette direction.
La jeune femme s'arrêta et lui dit qu'il fallait qu'elle retrouve ce dragon, elle avait des questions à lui poser. Il fallait qu'elle sache pourquoi il l'avait recueillie, pourquoi il l'avait abandonnée, ... non elle avait vraiment beaucoup trop de questions.
Le loup lui déconseilla de retourner à cette clairière, à son point de départ. Elle parut intriguée et lui demanda pourquoi il voulait l'empêcher.
La clairière n'existait plus. Elle n'avait jamais existé. Enfin elle avait existé un cours instant. L'instant de leur rencontre. Il avait été attiré par cet endroit car il avait sentit une forte magie. Il était resté à lisière du bois avant de la voir. Il s'était approché parce qu'il pensait que c'était elle qui dégageait cette intense magie.
Mais quand elle l'avait suivi, la magie avait disparu. Le soir même de leur rencontre, il était reparti en direction de la clairière. Et il ne l'avait jamais retrouvé. Il était même sorti des bois.
Plusieurs nuits après leur rencontre, il avait fait le chemin en sens inverse et il était parti dans plusieurs directions différentes. Il ne l'avait jamais retrouvée.
Faith

